Interview de Georges Maglica
Crédit municipal : filialiser ou ne pas filialiser ? Le débat est tranché par Hanaë Grimal | dijOnscOpe | jeu 12 nov 09 | 09:16
Crédit : Greg Girard | dijOnscOpe | 2009 Georges Maglica, adjoint aux Finances et au Personnel de la ville et vice-président du Conseil d'orientation et de surveillance
Crédit : Jérémie Lorand | dijOnscOpe | 2009
Le projet de la Mairie de filialiser le Crédit municipal fait polémique.
Et même, il était au cœur des débats lors du dernier conseil municipal ce lundi 9 novembre. Pour les élus de l'opposition, cela a tout l'air d'un “hold-up” de la Mairie sur les fonds propres de l'établissement. Pour la majorité municipale, il s'agit de le sauver à tout prix. Le sujet est complexe et il est difficile d'en saisir tous les tenants et les aboutissants. Précisions et mise au clair avec Georges Maglica, adjoint aux Finances et au Personnel de la ville et vice-président du Conseil d'orientation et de surveillance, autorité qui régit le fonctionnement du Crédit municipal.
Le Crédit municipal est censé remplir une fonction sociale : cela est-il le cas ?
“Depuis son origine, la seule raison d'être de l'établissement est sa mission sociale. Le nôtre a une double fonction en ce sens : il s'adresse à un public fragilisé grâce aux prêts sur gage et aux services de prêts, mais ses bénéfices servent également à financer le Centre communal d'action sociale (CCAS) de la ville. Il y a eu des périodes fastes où les bénéfices allaient jusqu'à 7 millions d'euros par an et suffisaient à financer entièrement le CCAS ! Il y a deux ans, 500 000 euros lui ont été versés… La chute des bénéfices du Crédit municipal entraîne obligatoirement son manquement à sa fonction sociale.
Quelle est la situation économique actuelle du Crédit municipal ?
Nous avons perdu 50 % de notre clientèle prêt depuis 92. Et cette diminution risque de s'aggraver : nous avions un partenariat avec la Banque postale, qui n'assurait pas de service prêt et qui nous envoyait 50 % de notre clientèle. Mais cet établissement a changé de statut et travaille avec une filiale de la Société générale. Par ce biais, il peut proposer des prêts et est donc devenu un concurrent. En plus, la crise est passée par là : en 2008, les prêts ont baissé de 11,5 %. Parallèlement à tout cela, notre charge de personnel a augmenté de 60 % : il y a eu des recrutements, dus à l'ancienne direction, alors que notre activité diminuait. Le personnel compte aujourd'hui 110 employés quand il en faudrait 70. Bref, les bénéfices cachaient un établissement en mauvaise santé depuis une dizaine d'années. Et quand je suis arrivé, en mars 2008, j'ai découvert le rapport de la Commission bancaire, juge de toutes les banques, qui attirait notre attention sur les difficultés du Crédit municipal.
La Commission bancaire donne l'agrément de fonctionnement de l'établissement : si elle la retire, le Crédit municipal ferme. Aussi, que préconisait son rapport ?
Il demandait de redresser le coefficient d'exploitation. Autrement dit, de diminuer les charges et d'augmenter le volume d'activité, ainsi que de mettre en place un système de contrôle interne efficace pour lutter contre l'argent sale et le financement du terrorisme. J'ai été convoqué en octobre 2008 devant le secrétariat général de la commission, place de la Bourse. J'ai dû passer un grand oral, avec Marion Joyeux, directrice du Crédit municipal de Dijon. Nous avons expliqué comment nous comptions répondre à ce qu'ils nous demandaient. Moi j'ai dit qu'on engageait une politique de dynamisation de l'activité avec une gestion active du patrimoine et des ressources humaines. Cela signifiait que l'on n'écartait aucune idée et qu'on prenait le parti de la relance. C'est à ce moment-là que j'ai lancé une réflexion sur la filialisation…
… Et que vous avez engagé un cabinet d'expertises pour travailler sur cette réflexion.
Oui, on a alors imaginé trois scénarios : renaître (filialiser), transformer (dynamiser), disparaître (cessation de l'activité). Le deuxième a bien entendu été étudié, mais cela passait par une phase où l'établissement serait en déficit à compter de 2010 jusqu'en 2013 : la commission bancaire ne peut pas supporter une situation déficitaire aussi longue. Cela reviendrait donc à la cessation des activités : ce scénario n'est pas viable. Il reste donc celui de la filialisation. Mais là encore, il en existe deux types. Dans le premier cas, on fait appel à une banque extérieure (Crédit Agricole, Crédit mutuel, Banque Populaire, Caisse d'Épargne…) qui entre dans notre capital entre 5% et 100 %. Cette filiale pourra développer de nouveaux produits, comme les prêts aux TPE et aux micro-entrepreneurs, ce que nous n'avons pas le droit de faire pour le moment. Par la même occasion, on assurerait de nouveau une mission sociale avec une clientèle élargie et cela permettrait de sauver des tas d'emplois pour les personnels qui accepteraient de travailler dans cette filiale.
Et que deviendrait le service de prêt sur gage ?
On garderait cette activité mais à Dijon seulement. Car pour les autres villes (Nevers, Mâcon, Auxerre, Besançon, Belfort), cela pose un problème éthique et politique : il faut que les mairies de ces villes prennent en charge ce service qui est un axe de politique sociale majeur. Les maires pourront choisir d'être autonomes ou nous prendre comme prestataires de services s'ils le souhaitent. En tout cas, je tiens à préciser que cette activité de prêt sur gage est forcément déficitaire puisque tous les bénéfices de la vente, si elle a lieu, reviennent au client.
Lors du dernier conseil municipal, les élus de l'opposition ont affirmé que filialiser revenait à privatiser : quelle est au juste la différence ?
On joue sur les mots… Si une banque rachète à 51 % le Crédit municipal, cela deviendra une filiale semi-privée. Nous verrons…
Vous avez également été attaqué sur le fait que la Mairie voulait empocher le “magot” municipal… Qu'avez-vous à dire là-dessus ?
Tout d'abord, j'ai expliqué devant l'assemblée générale des personnels que les fonds propres du Crédit municipal pouvaient être remontés à n'importe quel moment si la Municipalité en décidait ainsi. Mais ce n'est pas notre but. Aujourd'hui, il y a 64 millions d'euros de fonds propres. Si on trouve un partenaire, on sera obligé d'en laisser suffisamment pour l'activité de la filiale. La norme bancaire serait d'environ 13 millions d'euros mais nous proposons d'en laisser 20 millions. Par ailleurs, il faut 7 millions d'euros pour l'activité de prêt sur gage. Et puis il faudra une provision d'argent suffisante pour amortir les frais des membres du personnel qui refuseraient d'entrer dans la filiale et qui ne trouveraient pas d'emploi immédiatement. Car en tant que fonctionnaires territoriaux (80 % du personnel), leur salaire leur sera versé tant qu'ils ne trouveront pas une nouvelle place. En clair, si ça se passe bien avec le personnel, on prévoit 5 millions d'euros. Si ça se passe mal, il faudra compter 10 millions. Et si cela se passe très mal, ce sera 15 millions. Bref, resteront comme fonds propres environ 27 millions d'euros, qui financeront pendant un certain nombre d'années l'action sociale de la ville.
Quelle est la deuxième solution de filialisation ?
Il s'agirait d'une filiale 100 % Crédit municipal. On créerait dans ce cas une société anonyme comme filiale commerciale de l'établissement, financée par ses propres fonds. L'intérêt, c'est de sauver là encore les emplois tout en élargissant notre clientèle grâce aux nouveaux services que nous pourrions proposer. C'est ce qu'ils ont fait à Paris mais cela réussit plutôt mal. Nous, nous pouvons le faire : je propose un fort partenariat avec la mise en place d'une convention entre les collectivités territoriales et les entrepreneurs (notamment les micro-entrepreneurs).
Privatiser ou rester public… Où va votre préférence ?
Ma solution, c'est de privilégier la solution qui permettra un accord avec la direction, le maire, le personnel, les élus… Rester à 100 % Crédit municipal présente beaucoup d'avantages politiques et éthiques, mais moins économiques. Mais même cette solution inquiète les personnels, qui ne sont pas par expérience des commerciaux. Quoi qu'il arrive, je leur ai proposé une formation.
Les membres du personnel semblent vous reprocher d'avoir échafaudé un plan dans leur dos… Pourquoi avoir gardé le silence sur ces projets, ne pas avoir communiqué plus tôt dessus ?
Parce que nous sommes tenus au secret bancaire et qu'en plus, cela inquiète vivement nos clients. En fait, cela dessert complètement le Crédit municipal. 4 commentaires Jacques Rigault, hier, 17:25 : le titre”le débat est tranché” me laisse hilare : comme si l'on ne savait pas que, depuis 1981 à Dijon, le débau est toujours tranché avant que l'on ne lance le débat ou que l'on ne “consulte” la population : c'est la fameuse “démocratie participative”, dont vous avez certainement entendu parler…
Elizelle, hier, 14:19 :
Merci de vérifier les accords des verbes, les négations, les conjugaisons… La presse écrite ferait oeuvre humanitaire en préservant la langue française qui est suffisamment malmenée!
un client , hier, 10:29 :
l'avantage principal de la privatisation est celui de permettre de connaitre les responsables ; dans le cas du cedit municipal, il y aura des degâts…probablement à la charge des contribuables…mais pas de sanction des responsables…
Alain M, hier, 09:21 :
Vaste blague, On comprend bien la privatisation qui arrive.